RESISTANCE NUMERIQUE

 

“Soyez prudente avec vos photos, il y a des espions partout …” – répond l’un de mes clients réguliers à ma demande de faire son portrait…

Pendant mes années d’études en France, j’ai travaillé dans un cybercafé du centre-ville.

A cause de la proximité de la gare, un public très divers et souvent « spécial » a été attiré par nos services.

De nos jours, lorsque tout le monde a un smartphone dans sa poche, la nécessité de quitter la maison pour consulter ses e-mails a disparu.
Pourtant, notre cyber est toujours plein de monde.
En plus des touristes et des étudiants qui viennent pour imprimer des billets ou des notes, la plupart des clients sont des habitués, ceux qui n’ont pas d’ordinateur et, dans la plupart des cas, pas de téléphone non plus.

Qui sont ces gens ?
Il y a ceux qui ne veulent pas suivre le progrès numérique, dénoncent les méfaits d’Internet et viennent envoyer un e-mail à leurs amis virtuels ou écouter de la musique.

Certains vivent à la gare ou dans la rue. Ils viennent se réchauffer et en profitent pour consulter leur courrier. Toujours très polis, malgré l’intoxication apparente à certaines substances et d’autres stigmates de leur vie difficile.

Je suis souvent leur seule oreille et leur seul soutien, je connais l’histoire de leur vie, je me réjouis de leurs succès et fais preuve d’empathie avec leurs pertes.
D’autres viennent après le travail pour discuter de la météo ou vilipender la politique du gouvernement.

Chez nous, il y a souvent des débats sur des sujets qui nous concernent tous. Ces gens veulent être entendus, ils viennent pour communiquer, ce qui n’est probablement pas suffisant dans leur vie quotidienne.
Des habitués viennent me monter leurs achats ou me raconter leur journée, juste parler …
Ce lieu est devenu une sorte de “club” de communication.

Les cybercafés existent encore parce qu’il y a de telles personnes qui ont besoin de plus qu’un écran.